Aspie: le nouveau genre humain (partie 2)

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Article paru au huffington Post Québec en février 2016

 

L’aspie, le nouveau genre humain. Souvent incompris par la société en général, l’aspie est doté de sens surdéveloppés, d’une passion innée à apprendre et d’une capacité quasiment machinale à créer des liens.

Bien que cela puisse sembler impressionnant, notre société, munie de normales sociales étroites et rigides, délaisse plutôt l’aspie dans l’ombre des tabous plutôt que dans la lumière de l’espoir de l’évolution.

Et si nous changions nos normes sociales? Et si nous reconnaissions que, bien que ce nouveau genre soit différent, il ne doive point être modelé comme les autres, juste pour qu’il… entre dans le moule?

Et si nous apprenions à vivre ensemble tout en acceptant nos différences? Et si on chérissait notre individualité, peu importe à quel point nos esprits divergent?

Et si les enseignants et la société reconnaissaient que ce nouveau genre doit être accepté dans son intégralité et ne pas être modifié de quelque manière que ce soit, pour permettre à l’évolution de suivre son cours?

Pourquoi enseignons-nous à nos enfants et louangeons-nous l’idée que les caractéristiques physiques ne devraient pas avoir d’importance? Nous ne tentons pas de modifier la grandeur des gens plus grands que la norme de façon à ce qu’ils correspondent à la grandeur moyenne des gens de leur communauté. Non, nous reconnaissons leur différence et les encourageons à devenir des joueurs de basket, de hockey, de volleyball ou de tennis. Nous les encourageons à utiliser leur différence particulière pour accomplir de grandes choses.

Il y a longtemps que nous avons cessé de punir les enfants gauchers afin de faire d’eux des droitiers. Au contraire, nous avons développé une panoplie d’articles pour répondre à leurs besoins particuliers, et leur différence est parfois un atout reconnu dans plusieurs domaines.

Pourquoi ne pas faire de même lorsqu’il est question de différences sociales et de différences au niveau de la pensée? Pourquoi n’enseignons-nous pas l’importance de la diversité neurologique?

Nous inculquons à nos enfants le respect de la différence. Qu’ils soient noirs ou blancs, grands ou petits, n’a aucune importance. Pourtant, lorsque surgit la question de la diversité neurologique, nous essayons de modifier ces enfants, de les contraindre à respecter le moule social existant.

Cette même société qui prétend que la couleur de notre peau n’a pas d’importance tente de changer les enfants possédant un esprit marginal, différent, pour les rendre «comme tout le monde», pour qu’ils «s’adaptent» en tout point à nos exigences sociales, et cela dans tous les milieux, de la garderie à l’école en passant par toutes les autres activités offertes à nos enfants.

C’est un peu comme si nous voulions tenter de prendre une personne de race blanche, et à l’aide de traitements médicaux la faire devenir noire. Sauf que dans le scénario qui nous intéresse ici, nous utilisons psychiatres et thérapeutes afin de modifier l’esprit d’un enfant pour qu’il corresponde à l’image de tous les autres enfants dans leur milieu.

À la boxe, nous avons des catégories de boxeurs de poids similaires et, ainsi, une variété de catégories de poids. Nous ne demandons pas à chaque boxeur de peser entre 140 et 150 livres.

Dans un zoo, nous gardons les tigres ensemble et les moutons ensemble, mais nous ne les mettons pas dans un même enclos. Nous n’essayons pas non plus de faire des tigres, des moutons. Cela devrait s’appliquer aux humains également.

Je comprends que lorsque nous mettons un aspie avec des neurotypiques, certains problèmes, surtout de nature sociale, pourraient survenir, mais ceux-ci sont en grande partie causés par les normes sociales étroites et rigides que notre société a établies et valorise.

Cela dit, il est évident qu’actuellement la seule action posée par la société pour les aspies est de tenter de les transformer en neurotypique. Cela va contre les lois de la nature, à l’encontre de ce que la nature veut, et de ce que l’évolution essaie d’accomplir.

Quelques précisions sont à apporter quant à l’analogie entre les animaux et les aspies. Nous ne gardons pas les moutons et les lions ensemble pour des raisons évidentes… l’aventure risquerait de mal se terminer pour les moutons. Nous, les humains, sommes, contrairement aux animaux, dotés d’une intelligence capable de raisonner. Nous avons la capacité de mettre en place des règles, des normes permettant aux gens de vivre en société dans un climat de paix et de respect mutuel. Avec le temps et l’évolution des sociétés, l’homme est toujours parvenu à modifier ces règles afin de les adapter aux nouvelles réalités de notre monde moderne. Aujourd’hui, dans la majorité des sociétés dites évoluées, les gens de différentes origines, de différentes religions, de différentes orientations sexuelles, sont capables de vivre en harmonie, ce qu’il y a une cinquantaine d’années aurait été impensable à plusieurs niveaux. Le temps est maintenant venu de modifier nos normes sociales afin d’accepter dans toute leur intégrité les gens représentant la neurodiversité… entre autres, les aspies.

Il est implicite dans le présent document, que les normes sociales ne doivent pas devenir inexistantes, car elles sont nécessaires afin que nous puissions vivre dans un monde pacifique et en harmonie les uns avec les autres. Ces normes ont simplement besoin d’être reconsidérées et modifiées de telle sorte que les différences sociales dans certains aspects de l’esprit deviennent … normales.

Nous devons changer la définition de normalité en ce qui concerne les personnalités et la neurodiversité.

La diversité neurologique représente ce qui doit devenir… normal.

Les aspies sont les œuvres d’art de Mère Nature, tout comme les grands artistes ont créé leurs œuvres magistrales. Différents, parfois choquants, mais un genre certainement innovateur muni d’un énorme potentiel. Ils sont, le nouveau genre humain. Une extinction volontaire de ce nouveau genre, en raison de normes sociales étroites et de la pression sociale pour la normalisation serait une tragédie. Nous devons les protéger.

 

 

Moi autiste Asperger – Le blogTanya Izquierdo Prindle

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2 pensées sur “Aspie: le nouveau genre humain (partie 2)”

  1. Bonjour,
    Je viens à l’instant de découvrir votre blog et depuis assez longtemps intéressé par les sujets touchant l’autisme. Je vous rejoins totalement quand vous dites qu’un autiste est un Être normal avec certainement une façon d’évaluer les choses différemment. Vous êtes extraordinaire de part votre différence ! Il est grand temps que les autistes tous niveaux confondus ne soient plus des exclus de la société. Ils ont grand temps besoin de toute ma reconnaissance qu’ils méritent. Je souhaite beaucoup de courage aux parents d’enfants autistes qui pourront vous lire. Au plaisir de lire votre livre.
    Magalie

    1. Extrêmement touchée par vos mots, je suis. Merci Magalie, ce sont ces commentaires qui me donnent envie de continuer et de militer.Sans oublier que mon garçon aussi est autiste Asperger, quadruplant ainsi l’effet de sensibiliser avec tant de conviction.

      Tanya

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