La prophétie auto-réalisatrice, une triste réalité pour plusieurs personnes neurodiverses

Ici, j’aimerais aborder entre autres, un terme qui est couramment utilisé lorsqu’on parle de l’intelligence de certaines personnes autistes : la déficience intellectuelle.  Ce terme est péjoratif et selon moi, biaisé.

Comme plusieurs études l’ont démontré au fil des ans, les tests de QI normalisés tels que le WAIS-4, sont préjudiciables à l’intelligence singulière des personnes autistes. Non seulement sont-ils biaisés au niveau de la culture, mais ils le sont aussi  puisqu’ils penchent en faveur de la neurotypie (neurologie neurotypique). Les personnes autistes utilisent des stratégies visuelles pour résoudre des tâches et ont donc des difficultés lorsque lesdites tâches ne peuvent être résolues qu’en utilisant la verbalisation (Kunda, M., & Goel, A. K. (2011)). C’est pourquoi le test Les Matrices Progressives de Raven est davantage adapté au fonctionnement cognitif des personnes autistes. Ce dernier mise sur les capacités de visualisation tandis que le WAIS est presque entièrement verbal. Alors que les personnes neurotypiques ont généralement un score semblable au WAIS et aux Matrices progressives de Raven, quant à elles les personnes autistes ont généralement un score plus élevé au MPR qu’au WAIS (Bolte et al., 2009, Mottron, 2004).

Ces études sont selon moi immensément significatives quant à la notion


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suggérant que les personnes autistes sont munies d’une intelligence différente de celle des neurotypiques.

Ainsi, de définir l’intelligence des personnes autistes selon les mêmes critères d’évaluation que l’on utilise pour mesurer l’intelligence des personnes neurotypiques serait analogique à ceci : faire passer un examen de français à une personne espagnole (qui ne parle pas français) et à une personne française et de comparer leurs résultats selon les même critères d’évaluation par la suite. Évidemment, la personne espagnole aurait de grandes lacunes comparativement à la personne française et serait déclarée comme non fonctionnelle et inapte au niveau de la communication. Ceci étant dit, la personne espagnole est loin d’être incapable de communiquer, elle utilise tout bonnement sa langue maternelle pour le faire: l’espagnol.

La personne autiste est munie d’une intelligence, selon les critères basés sur sa neurologie distincte et la personne neurotypique est munie d’une intelligence selon les critères basés sur sa neurologie à elle. Il faut cesser de comparer les deux, puisque c’est tout bonnement impertinent, inefficient et nuisible pour les personnes autistes; tout comme cela le serait pour les neurotypiques si on inversait les rôles.

Somme toute, le terme «déficience intellectuelle » est à mes yeux, non applicable à la personne autiste si il est déterminé en fonction des mêmes critères d’évaluation utilisés pour mesurer ou qualifier l’intelligence des personnes neurotypiques. La question que je me pose quand j’entends dire qu’une personne autiste est déficiente intellectuelle est la suivante: est-elle véritablement déficiente intellectuellement ou simplement déficiente quant à son niveau d’intelligence neurotypique? La nuance est d’une importance cruciale…

Selon mon humble opinion, le problème majeur avec ce terme est que l’on étiquette  la personne autiste de «déficient intellectuel »; imaginons l’enfant autiste qui débute sa vie, dès lors on annonce à son entourage qu’il est en quelque sorte démuni de potentiel intellectuel en le qualifiant ainsi… C’est à ce moment où la prophétie auto-réalisatrice s’enclenche naturellement. Cette notion que l’on apprend en cours de psychologie est ainsi définie :

 Une prophétie auto-réalisatrice représente une affirmation qui modifie des comportements de telle manière qu’ils font survenir ce que la prophétie déclare. Ce qui n’était qu’à la base une possibilité parmi plusieurs, devient réalité, au travers l’autorité de celui ou celle qui déclare la «prophétie ».

Lorsque l’on pose sur la personne autiste cette étiquette de déficience intellectuelle, implicitement les gens autour d’elle la traiteront «comme si elle était déficiente ». Une grande partie de l’entourage de cette personne tel que certains professeurs,  intervenants, oncles, tantes et parfois même ses parents  se seront fait convaincre que son intelligence est déficiente. Comment alors l’encourager et croire en elle, en ses capacités, si on a déjà abandonné ou presque l’idée qu’elle est munie de potentiel.

Évidemment, oui il faut demeurer réaliste quant à la réalité d’une personne. C’est-à-dire: de constater, considérer et discuter des difficultés présentes. Cependant, il faut demeurer vigilant en focalisant davantage sur les forces de ces  personnes, afin d’être en mesure d’utiliser les outils appropriés à chacun des types neurologiques. Il faut faire preuve de discernement. De savoir dire : alors son fonctionnement neurologique n’est point neurotypique et ne le sera jamais, alors concentrons nous sur le positif de sa neurologie distincte afin de lui permettre de maximiser son potentiel… Au lieu de focaliser sur ce qu’elle n’a pas.

Somme toute, il faut tâcher de ne pas générer de prophéties auto-réalisatrices pouvant devenir destructrices, en ne considérant pas l’individualité et la singularité d’une personne… Qu’elle soit autiste ou non. En fait, ceci est applicable pour tous les termes réducteurs qui sont préjudiciables à la personne visée par lesdits termes. Le mot «trouble » par exemple, nous le retrouvons dans le :

➡Trouble du spectre de l’autisme

➡Trouble déficitaire de l’attention (TDA/H)

➡Trouble d’hyperactivité

Etc.

En définissant une personne de la sorte; comme ayant un «trouble »,  nous affectons directement la façon dont elle est perçue et systématiquement la façon dont elle sera traitée par plusieurs acteurs présents dans sa vie. Trop souvent, la prophétie auto réalisatrice s’avère destructrice et  devient une triste réalité pour ces personnes neurologiquement différentes.

À la fin, cette prophétie auto-réalisatrice n’est point une prédiction mais bel et bien une création.

Malheureusement, le système d’éducation n’étant point adapté pour les personnes qui représentent les neurologies qui divergent de la neurotypie, un «trouble » est souvent généré. J’en conviens. Ce « trouble » est bien réel et c’est pourquoi il faut continuer de faire diagnostiquer nos enfants tôt, dans la mesure du possible. Il existe cependant une nuance importante à discerner quant à ces troubles:

«Le trouble est souvent une illusion de «trouble», engendrée par la négligence du système d’éducation face aux personnes qui ne représentent pas la neurotypie. »

Tanya Izquierdo Prindle

 

Cela dit, toute bonne chose a un début et je crois que la disparition de ces termes dans la terminologie usuelle, pourrait fort probablement représenter les premiers balbutiements vers l’acceptation et l’inclusion de toutes les formes cognitives distinctes dans la société.

 

Pour terminer, la citation d’Albert Einstein résume en une seule métaphore ce qui est énoncé dans ce texte :

« Si on juge un poisson par sa capacité de grimper dans un arbre, il passera sa vie entière à croire qu’il est stupide. »

 -Albert Einstein

La pensée du jour

« La prophétie auto-réalisatrice peut aussi être de nature constructive et ainsi avoir un impact positif sur l’avenir d’une personne. Réformons la terminologie liée aux différentes formes cognitives et rendons la prophétie auto-réalisatrice une heureuse réalité pour les personnes non neurotypiques.»

Tanya Izquierdo Prindle

Auteure

 


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Intérêt restreint? Non, c’est ce que l’on appelle communément: une passion

12h02, j’arrive au restaurant de sushi pour y rencontrer des amies. Nous attendons notre commande quand soudainement, je  regarde au loin… assis sur une banquette, Luka le fils d’une amie y est, paisiblement. Il joue à un jeu sur son téléphone et je ne sais pourquoi, mais je me sens attirée vers lui. Instinctivement, je sors mon cube Rubik que j’avais par hasard cette journée-là dans ma sacoche et je vais m’asseoir à ses côtés. Je le regarde et lui demande s’il connait ce fameux cube Rubik. À mon grand enchantement, il lève les yeux et me dit, tout en sortant le sien de son sac, : «  Mais oui regarde, j’ai aussi le mien avec moi! ». Je ne sais si c’est parce que je me suis vue en lui que je me suis dirigée de cette manière vers lui, mais clairement il y avait quelque chose là. Bref, petit Luka se met à tourner mon cube de tout bord tout côté et l’achève en un rien de temps. Fascinée de voir Luka qui n’a que 12 ans, maitriser le cube comme s’il était une extension de lui-même, je me suis soudainement transportée à l’époque de ma vie où j’ai commencé à faire du cube…

J’avais 23 ans, j’étudiais à l’Université de Montréal et j’habitais un petit appartement tout près de ladite université. Venant tout juste d’être témoin d’un « magicien » qui achevait le cube Rubik en un rien de temps, avec un bandeau sur les yeux et en complétant la dernière série de manipulations derrière son dos, j’ai été frappée. En voyant cela, en premier lieu, je me suis dit émerveillée : « Wow mais c’est incroyable! ». La systématisation à alors été enclenchée dans mon cerveau, générant que la deuxième chose que je me suis dit est : « Alors son bandeau n’est évidemment pas opaque et il a mémorisé la dernière série de manipulations pour être en mesure de le terminer derrière son dos… ». Finalement, je me suis dit : « Moi aussi je vais le faire! ».

Évidemment, je savais ce qu’était ce fameux cube Rubik, c’est une icône quoi, mais je n’en avais jamais fait auparavant. En une fraction de seconde, le cube est devenu ma priorité numéro 1. Je devais apprendre à le faire, là tout de suite. Je suis allée m’acheter un cube Rubik et tous les jours je pratiquais assidûment. Je le portais toujours avec moi. Du moment que j’avais une petite minute, je le sortais, que ce soit au travail, dans une file d’attente ou parmi des humains insipides. Évidemment, ce ne fut pas très long avant que je réussisse à le faire aisément, quelques jours quoi…mais j’avais maintenant un nouvel objectif en tête : je devais atteindre un certain record de temps. Cette obsession si intense pour le cube a duré quelques mois : le temps que je réussisse à atteindre mon propre record de 2 minutes et quelques secondes, que je réussisse à faire mon dernier algorithme de 22 étapes les yeux fermés aisément et finalement le temps que je passe à une nouvelle passion.  Évidemment, mon record est pitoyable à côté de ceux qui ont un record de 28 secondes aux compétitions de cube internationales, mais considérant le peu de temps que j’ai mis à pratiquer avant d’atteindre mon deux minutes, je n’étais pas si déçue de mes résultats. J’avais dessiné sur le mur de mon logement un énorme cube Rubik et des algorithmes liés à la résolution du cube. Voir ce mirifique cube en me réveillant tous les jours me faisait du bien. J’avais trouvé en ce cube, un réel sentiment d’attachement, un sentiment de réconfort et de bien-être. C’était moi et mon cube. C’était un des moments de ma vie les plus mémorables. D’ailleurs, dans mon roman Les confessions de Juliet Madyson, paru en 2015 : Juliet, la personnage principale aborde le sujet de son fameux cube.  Bien que soit un roman dit « fictif », je peux vous confirmer solennellement que l’intérêt de Juliet pour son cube est un fait vécu et n’a donc point été romancé.

Les neurotypiques ressentiront de tels sentiments plutôt envers les humains : des amis ou des proches…oui je sais, ces humains sont à la fois énigmatiques et gravement irrationnels. Pour ma part, ces sentiments, bien que je les ressente, seront plus orientés vers des objets ou des sujets particuliers qui me passionnent à un moment précis. Ironiquement, ce sont ces « choses » qui m’ont toujours fait sentir moins seule dans ma vie…Beaucoup plus que les humains qui m’entourent ou m’entouraient.

Étant autiste Asperger, cet intérêt profond pour mon cube Rubik serait sans doute représenté par les fameux « intérêts restreints ». Nonobstant cette terminologie péjorative, si pour moi c’était une source de bonheur et de bien-être que d’être si attachée à mon cube, c’est ce qu’on appelle tout bonnement: une passion. Un vif intérêt pour quelque chose quoi… Cela dit, s’il est pertinent de dire que ces passions inébranlables qu’ont les personnes autistes sont des intérêts restreints, alors il est d’autant plus pertinent de dire que la socialisation représente un « intérêt restreint » chez les personnes neurotypiques. Tout repose dans la perception des êtres humains…

Voici les avantages de m’attacher à un cube Rubik plutôt que de m’attacher à un humain :

☑ le cube Rubik ne me jugera jamais, même si je le lance de toutes mes forces;

☑ le cube Rubik est muni d’une logique inébranlable;

☑ le cube Rubik n’a pas besoin de se faire rassurer et ce même si je le lance de toute mes forces;

☑ le cube Rubik peut être caché au fond d’un tiroir quand on a plus envie de jouer avec lui;

☑ Le cube Rubik ne se sentira pas offusqué parce que je l’insulte;

☑ Le cube Rubik ne sera jamais jaloux de ma personne, même s’il sent que je suis sur le point de le vaincre;

☑ Je n’ai qu’à mettre de l’huile dans ses articulations lorsque je trouve qu’il ne pas bien.

Voici les désavantages de m’attacher à un cube Rubik plutôt que de m’attacher à un humain :

☑ cette section est un canular, il n’y a strictement aucun désavantage❗

 

Bref, cette situation de nostalgie que j’ai vécu avec Luka, m’a redonné envie de faire du cube et depuis, j’ai recommencé à le trainer avec moi assidûment. Il repose ainsi en tout temps dans ma sacoche, aux côtés de mes effets personnels indispensables : mon poivre de cayenne, ma balle de tennis à l’odeur exquise que ma psychologue m’a un jour conseillé de trainer avec moi afin de la sentir pendant des moments d’anxiété intense, mon masque de ventilation artificielle « au cas où » quelqu’un avait besoin de RCR, mes 20 bandages médicaux entourés d’un élastique « au cas où » ainsi que de mes chauffe-mains de charbon actif « au cas où».

Pour en savoir plus sur Luka cliquez ici⬅
À venir prochainement : Comment j’en suis venue à l’idée de « construire un télescope! ».🔭
Tanya Izquierdo Prindle
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MES 10 CITATIONS COUPS DE COEUR SUR L’AUTISME

Voici mes 10 citations coups de coeur sur l’autisme

(Les citations sont des traductions libres de moiautisteasperger.ca)

1.Ça prend un village pour élever un enfant. Ça prend un enfant autiste pour éveiller la conscience du village

Elaine HallFondatrice et directrice créative de The miracle Project

2.Une question qui me rend parfois nébuleux: est-ce moi ou les autres qui sont fous? ”

-Albert Einstein, Physicien théoricien allemand

3.Tout le monde est un génie. Mais si on juge un poisson par son habilité à grimper dans un arbre, il passera sa vie entière à croire qu’il est stupide. ”

-Albert Einstein, Physicien théoricien allemand

4.Je n’ai aucun talent particulier. Je ne suis que passionnément curieux. ”

-Albert Einstein, Physicien théoricien allemand

5.Ce n’est pas que je suis si intelligent. Mais simplement que je demeure sur une même question plus longtemps. ”

-Albert Einstein, Physicien théoricien allemand


à PAraître MARS 2017livre autisme asperger asperguide


6.“ Il n’est jamais trop tard pour élargir l’esprit d’une personne autiste. ”

-Temple Grandin, Docteure en sciences animales, auteure et conférencière renommée

7.Qu’arriverait-il si le gène relié à l’autisme était éliminé? Nous aurions une bande d’humains debout dans une cave, qui socialisent et bavardent futilement. 

-Temple Grandin, Docteure en sciences animales, auteure et conférencière renommée

8.Si vous avez rencontré une personne autiste, vous avez rencontré une personne autiste.

-Stephen Shore, Photographe américain renommé

9.Le comportement c’est la communication. Changez l’environnement et les comportements changeront.

-Lana David, Fondatrice de Autism Unites

10.“ L’autisme ne peut me définir. Je définis l’autisme.”

-Kerry Magron, Auteur et conférencier national

Laquelle de ces citations vous parle le plus? Commentez en bas…

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