Un imprévu… Non, une catastrophe!

Partages

8h49 du matin, ma plus jeune est à la garderie et mon aîné à l’école. Tout est sous contrôle. Je suis à l’étage de la maison, dans le bureau. J’entame la suite de l’écriture de mon bouquin. Je suis indestructible, imperturbable devant mon ordinateur. J’ai 1 heure et 11 minutes devant moi pour écrire. Les idées bombardent mon cerveau, les mots tapissent le document Word à l’écran au fur et à mesure que je tape sur le clavier. Je suis en plein contrôle, mon hyper concentration me permet de travailler de façon optimale et impressionnante. Oui, cette capacité de concentration profonde est tout un avantage, surtout quand je m’adonne à l’écriture d’un sujet passionnant à mes yeux. Je me sens tel Sherlock Holmes devant une scène de crime toute fraîche!

Mais comme l’adage le dit; toute bonne chose à une fin…

Soudainement, j’entends un son en bas.

Je lève la tête, je fige et j’écoute. En l’espace d’une fraction de seconde, voici ce qui traverse mon cerveau: c’est un fantôme? Un voleur? Ma fille de 4 ans qui a réussi à revenir à la maison seule? Mon mari qui a oublié quelque chose? Ah non…ah fiente ce n’est pas vrai. NON!!!!! …

C’est la femme de ménage.

J’étais certaine qu’elle venait la semaine prochaine! Ça y est je suis complètement anéantie. Mon cerveau fait des courts-circuits, je tourne en rond comme une poule pas de tête, et ce, devant Carole la femme de ménage!

(La situation est que quand je sais qu’elle vient, j’ai une routine bien précise. Je range tout ce qui traîne une demi-heure avant son arrivée, je me prépare à partir travailler et au moment où elle franchit la porte d’entrée, moi je franchis celle de sortie. C’est systématique, comme un système, aucune dérogation possible.)

Alors, vous comprendrez que dans ce cas-ci non seulement ma routine avant-ménage n’a pas été effectuée, mais en plus je me fais couper ma séance d’écriture dans laquelle j’étais investie à un niveau faramineux.

J’étais à un niveau d’efficience de 200% et en l’espace d’une fraction de seconde, dû à un imprévu, mon niveau d’efficience est maintenant à -100%. Tous mes moyens se sont volatilisés en claquant des doigts!

L’émoi en moi continue…

Comment ai-je pu me tromper? Comment est-ce possible? Je devais écrire jusqu’à 10h00! Comment vais-je pouvoir continuer  d’écrire suite à ce changement inopportun dans ma routine? Sachant que Carole est en bas, je ne peux pas écrire comme ça! Comment vais-je me concentrer? Et là, j’ai déjà perdu 8 minutes. C’est abominable! Tous mes plans sont à l’eau! Ma vie est terminée!

Par chance, Carole me connaît. Oui, elle ne se sent pas offusquée du fait que je tourne en rond en me parlant et en disant à haute voix à quel point son arrivée perturbe totalement mon être, ma sanité et ma stabilité émotionnelle. Elle me dit de me calmer, je lui dis que je ne sais pas comment je vais m’en sortir, elle dit: «je peux m’en aller», je dis: «oui bonne idée». Je me dis qu’il est vrai que le plancher est dû pour être lavé. Je change d’idée. Je lui dis: «je devrais m’en remettre» même si je ne le pense pas, elle dit: «d’accord je m’y mets» et moi bien je fais le deuil de mon inébranlable concentration devant mon ordinateur, j’abandonne l’écriture et je pars travailler puisque je ne peux continuer d’écrire dans de telles circonstances…

Alors voilà comment un simple petit imprévu a :

-complètement anéantit ma sanité mentale, sans possibilité de retour à mon état de concentration préliminaire;

-intégralement déréglé ma stabilité émotionnelle et m’a dépouillé de toute motivation à continuer de faire ce que je faisais 8 minutes auparavant;

-réussi à générer un niveau d’anxiété de 9/10, c’est-à-dire qu’un peu plus et une réponse combat-fuite était de mise.

 

Dr Normand Giroux avait raison:

«Les autistes Asperger sont des géants aux pieds d’argile.»

…et voilà que je me suis effondrée.

 

 

Moi autiste Asperger – Le blogTanya Izquierdo Prindle

 


 

Les confessions de Juliet Madyson-Moi, ma progéniture et leur géniteur

Un roman hilarant inspiré de ma personnalité en tant qu’autiste Asperger, vivant dans un monde neurotypique.

Partages

11 pensées sur “Un imprévu… Non, une catastrophe!”

  1. Bien que je n’aie pas ce diagnostique, j’ai ce trait de caractère. J’ai souvent l’impression que je n’arrive à rien…les imprévues sont tellement imprévisibles!…

  2. « aucune dérogation possible »
    C’est affreusement vrai.
    Un exemple me vient à l’esprit : nous venions d’emménager dans un très joli duplex et devions recevoir un couple de nos meilleurs amis.
    Je m’étais préparé mentalement suffisamment tôt et tout était sous contrôle… jusqu’a une coupure d’électricité…
    Quelques minutes après, le couple nous appelle pour nous demander le code de l’immeuble.
    J’aI bloqué sans « aucune dérogation possible ». Et, ce malgré les encouragements de mon épouse et de nos amis : il m’était absolument impossible de les recevoir. Après avoir réalisé cet iréversibilité, nos amis se sont résigné à aller dîner dans un resto du coin…

  3. Passionnant et en même temps, ça me rappelle ce qui a coupé mes quelques liens sociaux…
    Les gens qui ne comprennent pas ça..
    Les « amis » qu’il me reste viennent à l’improviste exprès pour que j’y travaille… finalement ça va que je les aime au fond 🙂

    En tout cas merci pour cette expérience

    1. Vous avez raison…Moi je me dis que nos excentricités agissent comme un entonnoir et à la fin il ne reste que les vrais «amis», ceux qui méritent notre temps.

      Merci pour votre commentaire!

      1. Je partage (cf mon commentaire).
        Mais, à la fin (j’ai 59 ans) il ne me reste que très très peu d' »amis ».
        Mais au fond, est-ce chiquant et a t’on besoin de beaucoup d' »amis » ?
        Je pense qu’il est normal d’avoir des connaissances (et pour nous aspies… ce n’est pas du « tout cuit ») ; en revanche la notion d’ami n’est-elle pas logiquement très ténue…

  4. Mon Dieu que je reconnais ma fille dans une telle situation….le petit hamster qui roule à toute vitesse dans son cerveau mais qui est pas capable de se brancher !!!! Bravo Tanya …tu me fais comprendre la différence de manière tellement comique ….je suis sûre que ma fille va se reconnaître en toi !

      1. Wouhou, tellement, mais tellement moi et mon fils ! j adore, réussir a mettre des mots sur un sentiment tel la stabilité émitionnelle et hyper-concentration 🙂 et ta facon de penser a tellement trop de chose en meme temps…meme un fantome..hahaha
        je vais suivre ton blog c est certain.
        merci !!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *